Fripon

Fripon : des météorites sous haute surveillance
Les météorites sont des roches extraterrestres tombées sur notre sol. Elles proviennent de corps orbitant entre les planètes, mais lesquels précisément ?
La réponse nous éclairerait sur la formation du système solaire, cependant elle demeure un défi actuel pour les chercheurs. Elle repose sur l’observation de chutes, la récupération sur le terrain, puis l’analyse de météorites.
À l’intersection de la géologie et de l’astronomie, le très sérieux projet FRIPON s’attaque au
problème.
Le projet est baptisé FRIPON, acronyme de Fireball Recovery and InterPlanetary Observation Network, ce qui se traduirait en français par «Réseau d’Observations InterPlanétaires pour la Récupération de Météorites».
Sous cette étiquette se regroupent près de trente laboratoires de recherche répartis sur
l’Hexagone. Les professionnels de la science impliqués savent qu’il leur faut au moins cent
caméras régulièrement disposées sur le territoire pour atteindre leurs objectifs – décrire avec une précision inégalée la trajectoire d’une météorite afin de déterminer sa source, son lieu de chute et la collecter.
Mais ils savent aussi que pour parvenir à leurs fins, ils doivent compter sur tout un tissu humain complémentaire constitué de radioamateurs, astronomes dilettantes, médiateurs scientifiques, enseignants et bénévoles pour se mettre en quête de l’objet recherché.
FRIPON s’accompagne donc d’un programme de science participative nommé Vigie-Ciel,
consacré à tous ces acteurs.
Vue sur ciel et au-delà
Nous avons tous déjà contemplé des étoiles filantes dans un ciel nocturne dégagé. Pas question de récupérer ces poussières rocheuses sur le sol ! En revanche, lorsqu’un corps rocheux assez gros entre dans l’atmosphère, nous pouvons profiter de sa trajectoire dans le ciel pour savoir d’où il vient et où il va.

Fig 1 : Un bolide qui arrive à une vitesse de l’ordre de 15
km/s dans l’atmosphère s’y échauffe au point de devenir
lumineux. On observe alors un météore. Si les tensions entre
son intérieur froid et son extérieur chaud (plus de 1 500 °C)
sont trop grandes, l’objet éclate. Décéléré, il s’éteint vite.
Durant son « vol sombre », les vents peuvent le dévier
(flèches). Arrivé au sol, ses morceaux sont des météorites.
Quand un tel événement se produit, l’objet s’approche à grande vitesse – typiquement 15 km/s, se cogne aux particules de l’air et l’échauffement de l’ensemble (air et roche) devient si intense qu’il aboutit à une émission de lumière.
Avant de pénétrer dans l’atmosphère, le corps céleste se déplace sur une orbite elliptique autour du Soleil. En rencontrant la Terre, son parcours est modifié, car il subit entre autres l’attraction terrestre. Le tout début de sa trajectoire lumineuse corrigé de tels effets donne accès à son orbite initiale, et par là à son origine dans le système solaire.
Pour pouvoir calculer cette orbite, il faut disposer d’instruments d’observation :
Les caméras “fish eye” (grand champ) sont idéales. En principe, deux de ces caméras sont
nécessaires pour effectuer une triangulation. En pratique, le phénomène se manifestant à une altitude de 100 km, il vaut mieux espacer les caméras d’au plus 100 km pour capter tout événement, et donc compter sur cent caméras en ordre de grandeur afin de couvrir la totalité de la France métropolitaine. Évidemment, l’orbite sera mieux décrite en trois dimensions à l’aide de multiples enregistrements.
Encore faut-il récupérer ces météorites !
Pour comprendre la procédure de FRIPON, revenons au bolide et à son « dark flight ». La fin de la trajectoire lumineuse autorise en 1ère approximation à estimer la région où tombera l’objet ou ses fragments. Cependant, l’estimation reste trop grossière pour assurer la récupération d’un morceau.
Afin de réduire cette région, on profite de l’analyse des ondes radio réfléchies par la trace du météore ainsi que de modèles météorologiques. Les fragments éteints peuvent en effet être déviés de leur chemin à cause des vents (fig 1). On aboutit au final à une zone large de 2 à 3 km s’étendant sur 10 à 50 km. Plus de 20 km2 à parcourir avec des hommes, leurs jambes et leurs yeux ! Il est clair que FRIPON a besoin d’aide pour retrouver sa météorite.
Récolte de concert
Pour espérer récolter un échantillon météoritique sur une telle surface, rien ne vaut la collaboration citoyenne qui sera coordonnée par le programme Vigie-Ciel.

FRIPON/Vigie-Ciel et le Club Astronomie de Rhuys

Dans la cadre de la mise en œuvre des 100 caméras pour le maillage du territoire, et suite à notre candidature, le Club Astronomie de Rhuys et notre site : le Château d’eau de Kersaux à Saint-Gildas sur la presqu’île de Rhuys ont été retenus.
Les principaux critères du choix ont été : caméra placée en hauteur (altitude 53m), vue très dégagée (360°), aucun obstacle et même large vue sur l’océan Atlantique Sud-Est, Sud et Sud-Ouest et vue sur le Golfe du Morbihan au Nord, pollution lumineuse quasi inexistante à cette hauteur, accès Internet permanent.
Le matériel a été installé le 13 janvier 2016 et est maintenant opérationnel, la caméra filme en permanence le ciel, un logiciel dans l’ordinateur dédié traite les images, les consolide et envoie toutes les 10 minutes le résultat au serveur central de Fripon à Paris.
Les passages d’avion ne sont pas pris en compte (trop lents par rapport à une météorite)
Fin janvier en France 20 caméras sont en fonction et 11 en préparation.
Et en Bretagne 6 caméras ont été installées, dont 2 dans le Morbihan : Pontivy-Plouzané et
Vannes-Saint-Gildas de Rhuys (la nôtre).

A gauche, l’exemple d’une détection à l’observatoire de Haute-Provence, puis les première
photos de notre caméra (quelques lumières de ville (Vannes) et des îles sur l’océan atlantique légèrement visibles sur le pourtour, le reflet de la Lune ces jours-là et des constellations (identifiées sur la photo tournée), mais pas encore de météorites..)
Le réseau Fripon nous fournira des documents pédagogiques, une formation sur les méthodes de recherche sur le terrain et comment reconnaître une météorite.
https://www.facebook.com/VigieCiel
Reste à attendre le passage d’une météorite…..
Et ce passage a eu lieu pour la première fois le 23 mars à 23h32 UTC
Notre caméra Fripon installée sur le toit du château d’eau de Kersaux a magnifiquement détecté le passage d’une météorite.

la vidéo
https://www.youtube.com/watch?v=O5L1Yw0a7ko : FriponPreuve que notre installation est pleinement opérationnelle.